Découvrir le Mémorial

Découvrir le Mémorial

L’architecte Rudy Ricciotti a remporté le concours de maîtrise d’oeuvre et a conçu le projet, en association avec le cabinet audois, Passelac & Roques, comme « une proposition très exacte entre site, territoire et mémoire ».

«Il ne nous appartient pas ici d’être détaché de l’histoire du camp Joffre, par une prise de parole indifférente au drame humain qui s’est déroulé en ces lieux.


Le Mémorial est silencieux et pesant : il repose dans la terre et dans l’axe de l’îlot F, avec une détermination calme et silencieuse, monolithe de béton ocre, intouchable, incliné vers le ciel. A la fois enfoui et surgi de la terre, le Mémorial affleure le sol naturel peu après l’entrée du camp, pour s’étendre vers l’extrémité Est de l’ancienne place de rassemblement, jusqu’à une hauteur égale à celle du faîtage des baraquements. Cette disposition, en co-visibilité, n’encombre pas la lecture des caractéristiques de l’îlot. L’érosion, parfois la destruction de certains bâtiments provoquées par la force du temps, sont perceptibles, marquant ainsi l’effacement et l’absence, questionnant le visiteur sur le souvenir ou l’oubli. La reconquête acharnée du site par une végétation spontanée et vivace n’est pas altérée, mais mise en valeur pour constituer un espace de déambulation libre, propice au recueillement et à la sérénité. A l’ouest du Mémorial, certaines baraques sont confortées, recréant la spatialité sérielle et aliénante du camp, la végétation est supprimée pour laisser place à un univers aride et plat, sans ombre, au vent. Depuis le parking, situé à l’angle extérieur Sud-Ouest de l’îlot, le visiteur a une vue d’ensemble sur le camp dans sa partie restaurée. Il gagne ensuite la piste d’accès, située dans l’axe de l’entrée. Depuis cette piste, il gagne soit l’entrée du camp, soit le parcours de visite extérieur ouvert sur le ciel, les Corbières et les Pyrénées si proches… Il est possible de s’y arrêter, de méditer, de se recueillir un moment en ce lieu, gratuitement, et pour tous. Depuis la piste, le visiteur gagne l’entrée et découvre l’intérieur de l’îlot F à partir de l’axe d’un monument silencieux. L’accès au Mémorial se fait de manière indirecte, par une rampe partiellement enfouie dans la terre du camp, sacralisant ainsi le mégalithe, et devenant sas d’introduction à un voyage dans le temps. Ce tunnel débouche de manière frontale, comme par surprise, à quelques mètres d’un bloc de 230 mètres de long, opaque et intemporel.

Après deux foulées dans la lumière, le visiteur se retrouve dans un bâtiment dont il ne sait pas encore qu’il n’entretient de rapport qu’avec le ciel. Le hall d’accueil, où flotte une atmosphère calme et sereine, est enveloppé par une lumière tamisée. Elle prédispose à la visite. Face à elle, un long mur, vide de tout élément, dans lequel est ménagé un passage, une énigme. Une fois engagé, le visiteur se retrouve dans un espace singulier. Il ne perçoit qu’une lumière naturelle rasant le sol et les parois de béton ocre. L’ambiance est sourde et solennelle. Il s’agit d’un long couloir, relativement étroit. Le visiteur avance, curieux, jusqu’aux surfaces d’exposition. Il frôle par moments d’autres gens, dans le sens contraire de sa marche. L’atmosphère incite au silence. Les surfaces d’exposition temporaire et permanente, sont regroupées en une grande salle hypostyle éclairée artificiellement depuis le sol, et par les projections d’images de grande taille à même les parois verticales en béton. Le dispositif scénographique est modeste, sans grandiloquence, à distance des murs, et permet une lecture complète du volume de la salle. La visite se poursuit par un retour dans la galerie, en sens inverse, jusqu’à la lumière extérieure.
Le visiteur quitte alors le Mémorial pour rejoindre le camp et sa lumière aveuglante. Le parcours extérieur continue librement sur un parcours formant une boucle autour du musée, marquant la fin de la visite.
Le Mémorial ne propose aucune vue sur l’extérieur, à part vers le ciel. En revanche, des microcosmes sont présents ici et là dans l’enceinte du bâtiment. Trois patios structurent l’organisation des espaces pédagogiques, de l’espace de détente et des bureaux, tout en apportant un certain confort. Il s’agit de trois univers qui diffèrent selon leur vocation : un jardin de l’Eden enrichi de sons d’oiseaux est au coeur des espaces pédagogiques. Un patio catalan, au sol pavé de briques, rendu sonore par une fontaine et un bassin abritant des poissons colorés, des nénuphars, de la vie, articule les espaces de détente. Un petit verger anime les bureaux au gré des saisons. Ce projet est dans l’acceptation. Acceptation de l’îlot, de sa trame, de sa géométrie militaire devenue aliénante, de son Histoire. Acceptation du vent qui passe. Les éoliennes voisines sont la preuve que notre époque cohabite avec le vent. Elle peut cohabiter avec son Histoire. Le Mémorial de Rivesaltes, comprimé entre terre et ciel, entre passé et mémoire, se situe très exactement dans le présent et la vie.

Sa violence formelle témoigne de l’impossibilité de l’oubli !»

Rudy Ricciotti