À venir

Paul Senn

Un photographe suisse dans la guerre d'Espagne

3 Fév. > 30 Sept. 2019

Vernissage le dimanche 3 février à 15h30.

Dans le cadre des commémorations du 80ème anniversaire de la Retirada, le Mémorial du Camp de Rivesaltes présente une exposition des clichés photographiques du grand reporter suisse Paul Senn.

Commissaires de l'exposition :

. Markus Schürpf est historien de l’art et de la photographie, auteur et commissaire. Il est directeur de l’Office de l’histoire de la photographie à Berne depuis 1999 et des Archives Paul Senn au Kunstmuseum de Berne depuis 2005.

. Michel Lefebvre
est journaliste au Monde. Il est l’auteur de Kessel, Moral : deux reporters dans la guerre d’Espagne (Tallandier, 2006) et de Brigades internationales, images retrouvées avec Remi Skoutelski (Seuil, 2003). En 2011, il signe avec le grand reporter Bernard Lebrun Robert Capa, traces d’une légende (éd. de la Martinière).

Paul Senn, PFF, MBA Berne. Dép. GKS. © GKS, Berne Paul Senn, PFF, MBA Berne. Dép. GKS. © GKS, Berne« Paul Senn, un reporter suisse dans la guerre d'Espagne

Janvier 1939, des dizaines de milliers de civils se présentent à la frontière française. Ils fuient face à l'avancée des troupes franquistes par la route côtière, par les chemins de montagne, passant les cols enneigés des Pyrénées. Hommes, femmes, enfants, vieillards, enveloppés de couvertures, portant valises et sacs, en voiture ou en carriole pour les plus chanceux, à pied pour la plupart, l'hiver est très rigoureux. L'armée républicaine est en déroute depuis la chute de Barcelone. Au poste frontière du Perthus en Catalogne, les autorités françaises, devant l'urgence finissent par ouvrir la frontière. D'abord les civils, puis l'armée, 450 000 personnes passeront en France dans un chaos indescriptible, c'est l'exode le plus important dans cette première partie du Xxe siècle, il sera suivi de beaucoup d'autres.

Plusieurs photographes et cinéastes vont témoigner de cet exode que l'on appelle la Retirada. Parmi eux, Paul Senn (1901-1953), un photo reporter suisse, très connu dans son pays mais inconnu pour son travail pendant et après la guerre d'Espagne, un conflit qu'il a suivi du début à la fin et après par des reportages dans les camps d'internement en particulier celui de Rivesaltes en 1941. Paul Senn est un bon exemple du travail photographique des reporters de la presse illustrée suisse. Venant de la publicité, il commence sa carrière en 1930 à Berne et réussit très vite à diffuser ses reportages dans une presse illustrée très dynamique et très friande de photos. Il s’illustre en particulier en novembre 1932 en couvrant une manifestation antifasciste qui dégénéra en un bain de sang incroyable : 13 morts et 65 blessés. Il a beaucoup documenté le monde ouvrier et paysan suisse, et il a aussi beaucoup voyagé en Europe et en Amérique du Nord et du Sud. Il est de ce point de vue parfaitement comparable à David Seymour-Chim pour sa manière de photographier les enfants et le cadrage très particulier du 6x6 qu’il maîtrise parfaitement, à Roger Schall pour sa technique sophistiquée et la variété des sujets. On pourrait même parler de Capa suisse au sens où il pratique ce que le frère de Robert Capa qualifiait la « concerned photography », improprement traduit en français par photographie engagée.

Sa carrière va prendre un tournant avec la guerre d’Espagne. Dans les années 1930, il se rend à plusieurs reprises en Espagne, il le fera aussi pendant la guerre, il visitera Valence, Madrid ou Barcelone, la plupart du temps avec l’Ayuda Suiza, un organisme de secours particulièrement efficace dans le secours aux enfants. Robert Capa disait que si on veut faire de bonnes photos il faut être au plus près de son sujet. Paul Senn l'a bien compris, d'abord parce qu'il est en empathie avec ce peuple en guerre et ensuite parce qu'il excelle dans des portraits bouleversants, c'est une photographie qui témoigne.

Les archives de Paul Senn, des centaines de milliers de négatifs, sont conservées au Musée des Beaux Arts de Berne. Elles ont été classées, légendées et mises en ligne sur Internet par Markus Schürpf le meilleur connaisseur de ce fonds à partir duquel il a organisé des expositions en Suisse. Une sélection de plus de 1000 photos concernant le travail de Paul Senn pendant la guerre d'Espagne, la Retirada et ensuite dans les camps d'internement a été mise à la disposition du Mémorial du Camp de Rivesaltes. C'est à partir de ce corpus très riche que le Mémorial va organiser une exposition à partir de janvier 2019, point d'orgue d'une série d’initiatives autour de la commémoration de l'anniversaire de la Retirada, présentant 150 photos de Paul Senn dont certaines, les plus émouvantes seront collés sur le mur d'accès au Mémorial en très grand format.»

Michel Lefebvre
Co-comissaire de l’exposition

Biographie :

Paul Senn, né le 14 août 1901 à Rothrist et mort 25 avril 1953 à Berne est un photographe suisse.

Après avoir suivi l’école primaire et secondaire à Berne, Senn, en 1917 fait un apprentissage de dessinateur en publicité et de retoucheur. À la fin de son apprentissage, il travaille dans différentes villes européennes puis des 1922 comme graphiste à Lyon. Il devient, en 1924, photoreporter à la Basler Nachrichten (qui deviendra ensuite la Basler Zeitung), où ses premières photos sont publiées. De 1927 à 1928, il séjourne à Milan, Gênes, en Allemagne, Belgique, France et à Barcelone. Après ces voyages, il ouvre son propre atelier de graphiste et publicité à Berne.
Paul Senn, PFF, MBA Berne. Dép. GKS. © GKS, Berne
Dans les années 1930, Senn travaille comme photoreporter pour la Zürcher Illustrierte et la Berner Illustrierte et voyage en France, Italie, Espagne et les Balkans. En 1937, Senn accompagne un convoi de secours lors de la guerre civile espagnole et fait un reportage qui paraît dans un numéro spécial de la Zürcher Illustrierte.
Au début de l’année 1939, il se rend à la frontière franco-espagnole où il documente la Retirada. Ses photos sont réproduites dans des journaux suissse et distribuées par l’agence AP (Agent Press). En juin 1939, il voyage pour la première fois aux Etats-Unis et visite à l’Exposition universelle qui a lieu à New York.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, Senn est mobilisé dans l’armée suisse comme photographe militaire. Après la disparition de la Zürcher Illustrierte en 1941, il travaille pour la Schweizer Illustrierte et pour Sie + Er. De 1942 à 1944, il parcourt le sud de la France à plusieurs reprises et fait un reportage sur les activités de l’Œuvre suisse d’entraide ouvrière et des travaux de reconstruction de Lyon.
Après la fin de la guerre en 1945, Paul Senn parcours l’Europe pour la Croix-Rouge et le Don suisse pour les victimes de la guerre. Pour la Schweizer Illustrierte, il se rend, en 1946 aux États-Unis et visite New York et les communautés suisses implantées aux États-Unis. En 1947, il repart en mission pour le Don suisse pour les victimes de la guerre en Finlande puis en Allemagne où il photographie la reconstruction.

En 1950, il voyage en Allemagne, France, Italie et Angleterre. Il fonde, en 1951 avec Werner Bischof, Walter Läubli, Gotthard Schuh et Jakob Tuggener le Kollegium der Schweizerischen Fotografen («Collège des photographes suisses»).

Paul Senn atteint d’un cancer du foie et des reins, s’éteint le 25 avril 1953 au Zieglersspital à Berne.

Avec le soutien du Musée des Beaux-Arts de Berne.

Accès avec le billet d'entrée

Luc Choquer

"Ils ont vécu le Camp de Rivesaltes"

28 sept. > 31 déc.


Vernissage le 28 septembre à 18h30.

Le photographe Luc Choquer expose une série de portraits sur le thème de la transmission inter-générationnelle de la mémoire de ceux qui ont été enfermés dans le camp. Photographe primé de nombreuses fois, Luc Choquer explore le genre humain à travers ses portraits.


L’exposition photographique «Ils ont vécus le camp de Rivesaltes» présente 11 portraits grand format de témoins photographiés en compagnie de leur famille ou de leurs amis.

Luc Choquer, photographe français, est l’auteur d’une œuvre personnelle inspirée par une approche singulière de ses contemporains.

Luc Choquer décide à l’âge de 28 ans de devenir lui-même photographe, s’exerçant d’abord à la photographie de rue dans Paris. Publié une première fois dans le magazine Photoreporter, il signe en 1980 les images d’un sujet paru dans Libération, sur le premier village de Pologne rallié au syndicat Solidarité. Commence dès lors une collaboration suivie avec plusieurs magazines, notamment Actuel, Marie Claire, Times, Newsweek et GEO.

La couleur, dont la presse magazine se montre de plus en plus grande consommatrice, oriente bientôt sa démarche esthétique qui lui associe l’usage du flash à contre-courant pour l’époque. Un premier exercice de style sur la France profonde reçoit en 1985 le prix Kodak de la critique photographique.
L’année 1986 marque un tournant dans la carrière de Choquer qui intègre l’agence de presse VU, voit son travail figurer au programme du Mois de la Photo 1986 et obtient la bourse de la Fondation Angénieux pour son projet sur la banlieue parisienne.

Remarqué pour le style original de ses photographies, Luc Choquer cumule dès lors les commandes institutionnelles ou culturelles et ses collaborations de photoreporter.

Avec quelques confrères, il quitte en 1988 l’agence VU pour fonder un collectif intitulé Métis. Planète France, son premier ouvrage monographique, paraît en 1989, portrait en couleur d’une société visitée en ses couches sociales, ses villes, ses banlieues et sa ruralité. Le projet élaboré sur les jeunes femmes russes de la Perestroïka reçoit en 1991 le prix de la Villa Médicis Hors-les-murs qui finance sa réalisation et Ruskaïa, le livre publié l’année suivante aux éditions Marval connaît un succès de librairie avant de devenir pièce de collection.

Lauréat en 1992 du prix Niépce, Luc Choquer bénéficie la même année de sa première exposition rétrospective au Centre national de la photographie. Reconnu comme une des signatures de la photographie contemporaine de la photographie en France, Luc Choquer commence en 1993 à enseigner à l’Université Paris-VIII, et rejoint en 1995 le projet d’édition du Conservatoire du Littoral français avec un essai photographique sur l’archipel des Sept-Îles, en Bretagne. L’exposition Regard social, regard d’artiste montée aux Rencontres d’Arles 1995 fait la synthèse de l’orientation sociologique que Choquer a imprimée de bonne heure à son travail de photographe.

Après un détour en 1997-1998 par la photographie de mode et le cinéma de court métrage, Luc Choquer entreprend en 2000 son investigation sur les Français, qui l’occupera sur sept années pour aboutir en 2007 à l’exposition Portraits de Français au musée du Montparnasse et à la publication d’un livre éponyme aux éditions de La Martinière.

Choquer qui intègre en 2009 l’agence Signatures continue son investigation par un travail sur Paris, qui donnera lieu à la parution d’un livre « Les Parisiens » aux éditions Terre bleue, en parallèle, il effectue une résidence d’artiste sur la RN10, qui traverse les Landes, l’un des passages obligés pour poids lourds et touristes, du nord au sud de l’Europe.

En 2012 et 2013, le même regard non convenu sera porté sur Berdine dans le Luberon, connu comme le refuge d’anciens alcooliques et de toxicomanes. Le thème de la jeune femme confrontée à son environnement culturel, politique et religieux rejoint la quête photographique que Luc Choquer continue de mener. Son projet sur la condition des femmes turques d’Istanbul de toutes confessions, entre modernité et islamisme, lui vaut d’obtenir le prix Hors-les murs en 2013 et de participer à l’exposition collective consacrée au thème de la Méditerranée par la galerie agnès b. pour le Mois de la photo à Paris 2014.

L’accès à l’exposition est inclus avec le billet d’entrée (8€/5€, gratuit -18ans)