Publications pendant le confinement

Publications pendant le confinement

LE MÉMORIAL À VOS CÔTÉS

© Kevin Dolmaire © Kevin DolmaireDurant le confinement, nous n'avons pas été en mesure d'annoncer, comme habituellement, notre programmation dans les semaines à venir.

Nous vous proposons de retrouver sur cette page des contenus inédits : histoire du Mémorial, présentation de l'exposition temporaire, extraits de témoignages, retours en images, etc.

TÉMOIGNAGE

Josefa (Pepita) de Bedoya Rodríguez est née à Bilbao, dans la province de Biscaye, le 17 décembre 1928. Comme beaucoup de Basques, sa famille quitte la région en 1937 et s'installe à Barcelone. Son père était colonel de l’armée républicaine.

Puis, le 5 février 1939, Pepita doit fuir à nouveau et gagne la France. Elle passe plus de quatre ans et demi dans les camps d'Argelès, de Rivesaltes et de Gurs.

« (à Rivesaltes) J’ai eu la chance de pouvoir travailler avec Mlle Elsie Ruth, infirmière de la Croix-Rouge suisse. J’allais porter du riz aux petits Juifs qui étaient déjà séparés de nous, dans d’autres îlots. Je le faisais aussi avec Mme Bohny (Friedel Bohny-Reiter) ; on mettait les bidons sur un triporteur. »

Le témoignage de Josefa de Bedoya est extrait de l'exposition permanente du Mémorial.

JOURNÉE NATIONALE DU SOUVENIR DE LA DÉPORTATION

Christa SchnepfÀ l'occasion de la Journée nationale du souvenir de la déportation, le Mémorial souhaite mettre en lumière le parcours et l’œuvre de l'artiste rom, Ceija Stojka.

Née en Styrie (Autriche) en 1933, Ceija Stojka a grandi au sein d'une famille de marchands de chevaux rom, les Lovara-Roma.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, son père est assassiné par les nazis et toute sa famille déportée dans plusieurs camps de concentration.

Ceija en réchappe et, dans les années 80, entame une carrière d'artiste singulière et autodidacte. Son travail d'écriture et de peinture retrace son parcours, avant et après la guerre, et la fait reconnaître comme ambassadrice de la communauté rom.

« Si le monde ne change pas maintenant, si le monde n'ouvre pas ses portes et fenêtres, s'il ne construit pas la paix - une paix véritable [...] alors je suis incapable d'expliquer pourquoi j'ai survécu à Auschwitz, Bergen-Belsen et Ravensbrück. »

- Ceija Stojka

• Écouter / Voir : une conférence de l'Université de Nantes « Robert Desnos et Ceija Stojka, l'art plus fort que la barbarie » • ici
• Lire : sur franceinfo: à propos de l'exposition Ceija Stojka à la Maison Rouge • ici

ARCHITECTURE

En 2006, l'architecte Rudy Ricciotti remporte le concours de maîtrise d’œuvre du Mémorial, en association avec le cabinet audois, Passelac & Roques. En inscrivant son projet « entre nécessité de l’émotion et refus du pardon », Ricciotti choisit d’affronter la sourde brutalité du lieu.

Aucune ouverture en façade ne vient perturber la monochromie du bâtiment, même ses portes restent invisibles. Le Mémorial ne propose aucune vue sur l’extérieur, à part vers le ciel.

Dans le vaste hall d’accueil, les murs sont couverts de terre cuite et de bois, des matières brutes, chaudes, naturelles. Omniprésentes dans le bâtiment, elles viennent contrebalancer la sensation d’enfermement. À l’autre bout de la pièce, se devine l’entrée d’un long couloir sombre, apparemment sans fin. Bordé au sol d’un cheminement lumineux, il incite au silence.

La galerie débouche sur les surfaces d’exposition temporaire et permanente, regroupées en une grande salle, avec une longue table centrale et des panneaux lumineux verticaux. La pénombre invite le visiteur à la réflexion et la méditation.

Hervé Leclair/Asphéries

ZOOM SUR...

Fridel Bohny-Reiter

© GKS, Berne Paul Senn, PFF, MBA Berne. Dép. GKS.

À l'occasion de la journée à la mémoire des victimes de la Shoah, Yom HaShoah, nous souhaitons rendre hommage à Friedel Bohny-Reiter.

Née en 1912 à Vienne, Friedel Bohny-Reiter est une infirmière suisse, engagée auprès du « Secours suisse aux enfants ». Internée volontaire au camp de Rivesaltes, elle y sauvera de nombreux enfants juifs de la déportation et sera reconnue Juste parmi les nations en 1990.


Son « Journal de Rivesaltes, 1941-1942 » est un des premiers témoignages sur le camp.

Elle y décrit la vie quotidienne, mais aussi ses interrogations et le peu de moyens dont elle dispose pour agir, négocier, éviter le pire : « Je suis là, et je ne peux presque rien faire. »

• Journal de Rivesaltes, 1941-1942, éditions ZOE, juin 2010 •

ARCHIVES

© D.R archives privées Archives privéesAutre symbole des suites de la décolonisation, au moment du départ des derniers harkis en 1964, des militaires guinéens, malgaches et vietnamiens sont démobilisés au camp de Rivesaltes.
Ainsi, les derniers Guinéens, qui auront été jusqu’à 800 avec leurs familles, quittent le camp en février 1966.

« Après l’indépendance du Niger, les troupes françaises encore stationnées dans l’ancienne colonie ont dû quitter le pays. Un grand nombre de soldats guinéens, supplétifs de l’armée française, ont alors eu le choix de rentrer chez eux ou de rester dans l’armée, ce qu’a fait mon mari. Il estimait que son avenir et celui de sa famille seraient ainsi meilleurs. […]
Rapidement, nous avons senti que nous n’étions pas les bienvenus. Nous nous sentions comme des prisonniers. Personne ne pouvait sortir du camp et, de jour comme de nuit, nous étions contrôlés, surveillés, observés. »

Témoignage de Marie-Thérèse Kagbadouno, transférée à Rivesaltes avec son mari en janvier 1964.

RESSOURCES PÉDAGOGIQUES

David MaugendreAfin de poursuivre l'accompagnement des enseignants dans leurs missions éducatives, nous proposons plusieurs ressources :

- Un texte général présentant les problématiques soulevées par l'histoire du camp,
- Des dossiers par niveau, présentant un ensemble de pistes pédagogiques pluridisciplinaires autour du camp,
- Des dossiers pédagogiques spécifiques réalisés dans le cadre des événements et expositions temporaires du Mémorial.

Si vous souhaitez approfondir vos connaissances sur l'histoire du camp et le projet du Mémorial, ces ressources sont accessibles à toutes et tous !

• Rendez-vous sur la page dédiée • ici

TÉMOIGNAGES

MOHAMED ET FOUZIA ZAROURI

Mohamed Zarouri est né en 1955 à Archaoua en Algérie. Pendant la guerre d'Algérie, sa famille rejoint un camp de regroupement, proche de Tizi-Ouzou. En 1962, Mohamed et sa soeur Fouzia embarquent sur un bateau qui rallie Alger à Marseille, avant d'arriver au camp de Rivesaltes. Les familles de harkis y sont releguées, officiellement, à partir du 26 septembre 1962.

« On a pris le bateau, et le souvenir que j'ai du bateau, d'abord il s'appelait Renaissance et ensuite, c'est la manière dont on a été - j'utilise bien mon mot aujourd'hui - parqués dans ce bateau. [...] Parce que l'on est montés sur le bateau, le capitaine a dit, les rats blancs d'un côté, les rats noirs de l'autre et en fond de cale vous mettez les rapatriés...Voilà, c'était ça mon départ. »

• Écouter / Voir : un extrait du témoignage de Mohamed Zarouri • ici

« Je me souviens d'une copine là-bas et j'ai toujours du mal à savoir comment on faisait pour se comprendre parce qu'elle était française. Moi, je parlais pas français. Elle était derrière un grillage. [...] J'allais la rejoindre et on jouait à la poupée mais avec ce grillage entre nous. Ce grillage était physique mais entre nous, il existait pas ce grillage. »

• Écouter / Voir : un extrait du témoignage de Fouzia Zarouri • ici
• L'ensemble de ces témoignages, issus de l'exposition permanente du Mémorial, sont à retrouver sur notre chaîne YouTube • ici

LE CONSEIL DE L'ÉQUIPE

L'équipe du Mémorial vous conseille l'écoute de l'émission "À voix nue" sur France Culture avec Paul Niedermann.

© Etienne Noiseau - Radio France © Etienne Noiseau - Radio FranceNé en 1927 à Karlsruhe en Allemagne, Paul Niederman a fait partie des 6500 Juifs des Pays de Bade, de Sarre et de Palatinat qui ont été déportés vers la France en octobre 1940. Après avoir subi plusieurs mois de persécutions antisémites, il fut interné au camp de Gurs, puis à Rivesaltes.

En 1942, avec son frère Arnold, il échappe à la déportation vers Aushwitz grâce à Sabine Zlatin, la « Dame d'Izieu » qui travaille pour l'OSE (Oeuvre de Secours aux Enfants) qu'il suit à Izieu, dans l'Ain, avant de passer en Suisse.

L'importance de témoigner

Paul Niedermann a parcouru la France et l'Allemagne afin de livrer son témoignage. Présent pour l'inauguration du lieu en octobre 2015, il était également très engagé dans le projet du Mémorial du Camp de Rivesaltes.

• Retrouvez son témoignage ici

L'HISTOIRE DU MÉMORIAL

© Laurent Boutonnet / Région Occitanie © Laurent Boutonnet / Région Occitanie

Inauguré en octobre 2015 et construit au milieu des vestiges des baraquements, le Mémorial est le fruit de plusieurs années de concertation scientifique, politique mais aussi pédagogique, autour du camp de Rivesaltes et de son histoire.

En 1997, c'est la découverte, dans une déchetterie de Perpignan, d'archives du camp relatives aux internés juifs et à leur déportation qui crée l'émoi. La polémique prend une dimension nationale lordque peu de temps après, l'écrivain catalan Claude Delmas et Claude Vauchez lancent une pétition pour la mémoire du camp et contre sa destruction. Simon Veil, Claude Simon ou encore Edgar Morin y déposeront leurs signatures. Le nouveau président du Conseil général des Pyrénées-Orientales, Christian Bourquin s'engage alors dans la protection du site (ilôt F), qui est inscrit aux Monuments historiques en 2000.

Le projet du Mémorial, parrainé par Robert Badinter, prend une nouvelle dimension lorsque l'architecte Rudy Ricciotti remporte, en 2006, le concours d'architecture. Les trauvaux débutent en 2012 et dureront trois ans, jusqu'à l'inauguration en présence de l'ancien Premier Ministre, Manuel Valls.

Naissance d'un Mémorial, naissance d'une parole

© Le Ressac, Anne-Laure de Franssu

Face à l'immensité dévastée du camp de Rivesaltes, je suis saisie par le silence. Au coeur de l'îlot F, des sons de pelles mécaniques surgissent : c'est un Mémorial qui se construit. Le Ressac donne à voir comment la transformation de ce paysage engendre la naissance d'une parole.

Dans le film documentaire "Le Ressac", Anne-Laure de Franssu, réalisatrice, filme la construction du Mémorial mais aussi celle de la mémoire et de la parole autour de l'ancien camp.

• Écouter / Voir : l'interview d'Anne-Laure de Franssu pour son film sur viàOccitanie • ici

PAUL SENN

© David Maugendre © David MaugendreIl y a un an, le Mémorial présentait l'exposition « Paul Senn, un photographe suisse dans la guerre d'Espagne » à l'occasion des commémorations du 80ème anniversaire de la Retirada.

Dans le même temps, l'exposition « Des Espagnols dans les camps » poursuivait son itinérance dans la Région Occitanie, à travers le projet Terre de Mémoires.

Paul Senn, née en 1901 à Rothrist et mort en 1953 à Berne, est un photographe suisse. Au début de l'année 1939, il se rend à la frontière franco-espagnole où il documente la Retirada. Ses photos sont reproduites dans les journaux suisses et distribuées par l'agence AP (Agent Press).

Photo: Paul Senn, PFF, MBA Berne. Dép. GKS. © GKS, Berne. Photo: Paul Senn, PFF, MBA Berne. Dép. GKS. © GKS, Berne.

« Ils furent donc plus de 450 000 à connaître ce qu'on appelle la « Retirada ». A connaître le rassemblement le long des hautes vallées pyrénéennes, à même le sable des plages du Roussillon puis dans les camps, qu'on leur demande de construire eux-mêmes à Argelès-sur-Mer ou à Saint-Cyprien. [...] cette histoire est racontée par la magie de la photographie. Derrière cette magie, opère un photographe de génie, Paul Senn. Mais attention : la beauté des images ne vient pas cacher la réalité du drame qui se joue ; elle la révèle.»

Denis Peschanski, directeur de recherche au CNRS et président du Conseil scientifique du Mémorial (extrait du catalogue de l'exposition)

TÉMOIGNAGE

ANTONIO DE LA FUENTE

Antonio de la Fuente est né le 4 septembre 1929, à Puigcerda, en Cerdagne espagnole. Son père a été appelé comme officier dès le début de la guerre d'Espagne. En janvier 1939, alors que les troupes franquistes se rapprochent de Barcelone, il écrit à la mère d'Antonio : « Préparez-vous à partir en France ». La famille quitte Puigcerda pour Latour-de-Carol en train et prend les chemins de l’exil.

En juillet 1941, Antonio de la Fuente est transféré au camp de Rivesaltes.

« Dans les camps nous avons eu peur, nous avons eu froid et nous avons eu faim. Nous ne savions pas ce que nous allions devenir. C’était impossible : nous n’avions aucun contact avec l’extérieur, aucune information. Nous savions que c'était la guerre, que les gens souffraient aussi partout en Europe, mais ça s'arrêtait là. »

• Écouter / Voir : un extrait du témoignage d'Antonio de la Fuente, issu de l'exposition permanente du Mémorial • ici
Lire : sur Libération, « Une enfance dans les camps français » • ici