1% artistique

1% artistique

1 % Artistique avec l’œuvre d'Emmanuel Régent

Mémorial du camp de Rivesaltes, Salses-le-Château, Pyrénées-Orientales

Maître d'ouvrage : Région Languedoc-Roussillon
Architectes : Rudy Ricciotti et l'agence Passelac & Roques
Assistance d'artiste : Alain Quenel – La serrurerie de la parette

Persuadée de l'importance que revêt la présence de l'art contemporain sur son territoire, pour les artistes, pour les porteurs de projet et pour le public de plus en plus exigeant et curieux, la Région Languedoc-Roussillon impulse, facilite et accompagne chaque initiative dont l'ambition est de porter l'art contemporain au plus près de chacun.

Instaurée en 1951, l'obligation de décoration des constructions publiques, communément appelée « 1% artistique », s'applique aux régions pour la construction de nouveaux lycées.

Avec une volonté forte d'inscrire la création contemporaine au plus près des citoyens et de soutenir les artistes, la Région Languedoc-Roussillon a souhaité étendre ce dispositif afin qu'une commande artistique puisse s'inscrire au cœur du Mémorial du camp de Rivesaltes.

Il était important qu'un artiste puisse apporter son regard sur l'histoire de ce lieu qui a marqué tant de générations. Les attendus du programme artistique portaient sur une commande qui intègre la définition du Mémorial comme un lieu d'ouverture, de partage et de transmission. Un lieu porteur d'un projet engagé auprès des publics pour qu'ils s'approprient cette mémoire et la défendent.

Emmanuel Régent a apporté son regard sensible à travers une œuvre qui fait référence à des citations d'anonymes du camp. L’œuvre qui se déploie sur six espaces du Mémorial est une invitation de l'artiste à se questionner sur nos engagements contemporains.

Emmanuel Régent

Respecter la ligne d’horizon du site de Rivesaltes représente un aspect important dans ce projet de réaménagement. Aucune élévation architecturale ne paraît possible car rien ne peut dépasser l’horreur vécue sur ce lieu. Le bâtiment conçu volontairement à l’horizontale par l’architecte Rudy Ricciotti me fait penser à une poutre effondrée, un monolithe couché qui fait acte de résistance en s’inscrivant dans la terre comme une cicatrice. Comment rendre compte plastiquement d’un drame ? Quelles formes peuvent s’inscrire avec autonomie dans un contexte aussi difficile ? Quelle est la place de l’esthétique dans un tel projet ?

Il s’agit pour moi de penser un geste de mémoire restituant les différentes périodes du camp de Rivesaltes, dans une forme active orientée vers l’avenir, à la fois pour se souvenir mais surtout pour te nter de ne pas reproduire cette Histoire. Il me semble que l’intervention doit inviter le visiteur à se questionner sans le submerger de bonnes intentions démagogiques. Il ne s’agit pas de séduire par la compassion et la culpabilité, ou de provoquer de jugements faciles qui nous éloignent du contexte et de réalités d’une époque passée.

Je voudrais provoquer une réflexion sur nos positions actuelles, nos engagements contemporains. Depuis la fermeture du camp, le contexte de Rivesaltes a beaucoup changé. Je souhaite trouver une façon de positionner le visiteur par rapport à un contexte passé, mais surtout l’amener à questionner le présent et son avenir, son propre engagement individuel au quotidien.

Faire acte de résistance, c’est agir aujourd’hui et maintenant avec ses propres moyens, aussi modestes soient-ils.

L’Histoire est utile seulement si elle ne se répète pas.

Mon travail d’artiste pose des questions liées à la mémoire, au temps et à la disparition qui rejoignent assez naturellement les enjeux du Mémorial. Mais il est difficile de penser un projet artistique sur un territoire si fort et aussi pesant symboliquement. Comment rendre compte artistiquement de ce passé en s’adressant au présent et à l’avenir ? Comment s’intégrer dans un bâtiment si tendu et si justement pensé ?

Après la visite du site, les rencontres, les lectures, les films, face à l’histoire du camp et du bâtiment de ce Mémorial, après des semaines de reflexion, de questionnement, parmi les multiples manières d’aborder et de se confronter au site, de toutes mes idées, j’ai choisi la moins spectaculaire.

Je n’ai pas souhaité intervenir en proposant une oeuvre “maîtresse” conçue pour le bâtiment comme une vue d’ensemble surplombant l’histoire du camp dans sa généralité, mais plutot entamer une réflexion à partir de détails presque insignifiants pour remonter l’histoire du site au travers des individus qui y ont vécu malgré eux.

A l’instar des brochures publiées par le Mémorial, les témoignages directs des internés sont la base de ma proposition artistique. Je ne fais pas référence aux Harkis, aux Juifs, aux Tsiganes, aux prisonniers de guerre de l’Axe, aux Espagnols ou aux oeuvres de secours du camp de Rivesaltes. Je préfère reprendre les mots de Zohra, Marie Weiss-Loeffler, Harry Geringswald, Antoine de la Fuente y Ferraz et de Friedel Bohny Reitter. Ils auraient pu être nos grand-parents, frères, sœurs, amis. Nous pouvons tous nous projeter et revivre leurs récits. Les anectotes donnent parfois davantage à voir et à comprendre que les grandes lignes de l’Histoire.

Mon parti-pris artistique se situe à la frontière du visible, et limite a minima la présence physique de certaines des œuvres proposées. En proposant des gestes discrets, j’ai cherché à m’infiltrer dans le bâtiment comme le ferait une fuite d’eau, en pénétrant la façade par de micro-interstices pour longer les murs, en me deplaçant comme une goutte lente et régulière qui s’écoule et termine parfois loin de sa source, là ou l’on n’attend pas forcément la flaque qui va pourtant apparaître. Je ne cherche pas à faire une oeuvre grandiose mais à rendre compte des mouvements, des déplacements.”