Les jours clairs sont rares
Itinéraires d’artistes en exil, entre Europe en crise et refuge méditerranéen (1920–1945)
Au cours des années 1920-1930, la Catalogne accueille de nombreux artistes juifs venus de l’Europe entière. Issus pour la plupart de l’école de Paris, ils s’installent à Céret, Collioure ou Tossa de Mar. S’ils ont sans doute été séduits par la lumière et le charme des lieux, la plupart s’attachent à restituer leurs tourments intérieurs et à percevoir dans les paysages qui les entourent l’ombre qui déjà commence à masquer le soleil. Regarder aujourd’hui leur travail, c’est voir dans la force expressive de leur art la prémonition des années sombres à venir.
Car en 1940 le soleil disparaît. Eclipse totale. Alors que les allemands entrent dans Paris, le Sud de la France est perçu par certains comme un refuge ou devient une étape avant l’exil, quand pour d’autres il se transforme en cul de sac. Beaucoup d’artistes, après avoir espéré un temps fuir l’Europe par ce chemin, rejoignent Marseille et le réseau de Varian Fry pour émigrer vers les USA, laissant la souricière se refermer sur quelques-uns.
L’exposition du Mémorial du Camp de Rivesaltes présente un parcours au travers des artistes juifs qui trouvèrent ici un décor à l’échelle de leur art avant que la guerre ne les contraigne à la fuite ou à la cache pour tenter d’échapper à la politique antisémite du régime de Vichy. A travers la présentation de trajectoires croisées, l’exposition souligne la force de résistance de ces artistes dont l’art peut se lire comme un rempart contre la barbarie des hommes et la folie des temps, ou au contraire comme l’expression la plus crue de la tragédie en marche.